Sortir de la honte après une arnaque

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Un homme aux cheveux blancs et à la courte barbe grise, en gilet vert sur chemise à carreaux, sourit légèrement au bord d’un lac bordé de saules

En bref

La honte après une arnaque repose sur une idée fausse, car on trompe les personnes capables de confiance et de générosité, et la faute revient à celui qui a menti. Le plus utile est d’en parler pour commencer à une seule personne de confiance.

Il y a ceux qui n’en parlent à personne. Ni aux enfants, ni aux amis, ni même au médecin. Ils ruminent, la nuit surtout, et se répètent la même phrase : « Comment ai-je pu ? » Si cette phrase vous est familière, ce texte est écrit pour vous, avec beaucoup d’égards.

Il ne contient ni leçon ni conseil de prudence. Les démarches pratiques se trouvent ailleurs, et nous vous y renvoyons plus bas. Ici, il s’agit de ce qui reste après : le poids sur la poitrine, et la manière de l’alléger.

D’où vient cette honte ?

Elle naît d’une idée très répandue, mais fausse : se faire tromper serait une faute de jugement. Or on ne trompe pas des gens pour leur sottise, on les trompe parce qu’ils sont capables de confiance, de générosité, d’affection. Ce sont des qualités, pas des défauts.

Ceux qui bâtissent ces histoires passent du temps à observer, à écrire des mots justes, à répondre aux attentes de chacun. Face à un tel travail, n’importe qui peut se laisser prendre, y compris une personne instruite, prudente, ayant mené une belle carrière. Votre vécu ne vous a pas préparé à cette rencontre-là, et ce n’est la faute de personne.

Pourquoi le silence aggrave-t-il les choses ?

La honte pousse à se taire, et le silence l’entretient. Plus on garde le secret, plus il grossit. On finit par s’éloigner de ceux qui nous aiment, de peur de les décevoir, et la solitude, déjà pesante, devient plus lourde.

Le silence a aussi un coût très concret : une personne qui n’ose rien dire n’ose pas non plus appeler sa banque, déposer plainte ou signaler le profil. Rompre le silence ouvre donc la porte aux démarches, que vous trouverez dans notre article sur les démarches à suivre après une arnaque sentimentale.

À retenir : la honte appartient à celui qui a trompé, pas à celui qui a fait confiance.

À qui en parler, et comment ?

Choisissez une seule personne pour commencer. Quelqu’un de calme, qui vous connaît, dont vous savez qu’elle sait écouter : un frère, une amie de longue date, un voisin discret, votre médecin traitant. Ce n’est pas obligatoirement un de vos enfants, si la chose vous paraît trop difficile.

Quelques phrases pour ouvrir la conversation :

  • « J’ai quelque chose à te raconter, et je voudrais que tu m’écoutes sans me juger. »
  • « Je me suis fait avoir sur internet, et ça me pèse. »
  • « Je n’ai pas besoin de conseils tout de suite, j’ai surtout besoin de le dire. »

Ces mots posent le cadre. Vous pouvez dire autant ou aussi peu que vous voulez, y compris laisser de côté le montant ou certains détails. Si c’est à vos enfants que vous souhaitez vous confier un jour, notre article dire à ses enfants que l’on se sent seul donne des pistes pour aborder ces sujets délicats sans crainte.

Et si la réaction est maladroite ?

Il arrive qu’un proche réagisse mal, par inquiétude plus que par dureté : « Mais enfin, pourquoi tu n’as pas fait attention ? » Cela fait mal à entendre. Rappelez-lui doucement que ce n’est pas ce dont vous avez besoin, et que vous cherchez un soutien. Si la maladresse persiste, tournez-vous vers quelqu’un d’autre : une autre oreille existe, et ce n’est pas un échec.

Comment se pardonner ?

Ce n’est pas facile, et il n’y a pas de formule. Quelques gestes aident pourtant à desserrer l’étau :

  1. écrire ce que vous ressentez, sur une page que vous pouvez déchirer ensuite ;
  2. vous parler comme vous parleriez à un ami dans la même situation : lui diriez-vous qu’il est ridicule ?
  3. rappeler à votre mémoire une période où vous avez bien jugé, bien conseillé, bien décidé ;
  4. reprendre une activité qui vous remet les pieds sur terre : jardin, marche, bricolage, lecture.

Le pardon vient avec le temps, par petites touches. Un jour, vous vous apercevrez que vous y pensez moins souvent.

Et si le chagrin est vif ?

Il peut y avoir du chagrin, parce qu’une relation, même fausse, a été vécue comme vraie. On a pleuré un lien, des mots doux, des projets. Ce deuil-là est réel. Si cette tristesse persiste, parlez-en à votre médecin traitant, qui saura vous orienter vers un accompagnement adapté. C’est un geste de soin, comme un autre.

Peut-on encore faire confiance ?

Oui, et c’est même ce qu’il y a de plus important. Ceux qui vous ont trompé vous ont pris quelque chose, mais elles ne peuvent pas vous prendre la capacité d’aimer. Reprendre confiance se fait par étapes : d’abord en soi, puis dans les autres, puis dans les occasions de rencontre.

Pour savoir où vous en êtes, comment savoir que l’on est prêt à rencontrer quelqu’un propose quelques questions à se poser. Et si vous préférez retrouver des visages avant de retrouver un écran, les clubs de retraités offrent des occasions de faire connaissance en chair et en os, à votre rythme.

Et pour ceux qui entourent un proche trompé ?

Si vous lisez ceci en pensant à un parent, à un ami, à un voisin, un mot suffit souvent : « Je suis là, et je ne te juge pas. » Évitez les « tu aurais dû ». Proposez de l’accompagner à la banque ou à la gendarmerie, de l’aider à faire le tri des papiers. Notre article sur protéger un parent âgé des arnaques sentimentales développe ce rôle d’appui.

Pour les démarches, cybermalveillance.gouv.fr et Info Escroqueries, au 0 805 805 817, orientent les victimes et leurs proches.

Votre prochaine étape

Cette semaine, parlez à une seule personne. Pas de longs discours : une phrase, un café, une promenade. Vous verrez qu’un poids disparaît dès que les mots sont sortis.

Plus tard, quand vous vous en sentirez le désir, vous pourrez refaire des rencontres, sur un site de rencontre senior ou ailleurs, en écoutant votre rythme et vos réserves.

Vous n’avez rien à prouver à personne, et beaucoup de belles choses à vivre encore.

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