Dire à ses enfants que l’on se sent seul

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Un homme d’une soixantaine d’années, cheveux gris et lunettes rectangulaires, en pull gris, est assis à une table de cuisine ensoleillée près d’un téléphone posé devant lui

Toute une vie, vous avez été celui ou celle qui rassure. Dire à vos enfants « je me sens seul » renverse les rôles, et ce n’est pas facile. On craint de leur donner du souci, de passer pour quelqu’un qui se plaint, de leur imposer une charge.

Pourtant, la plupart des enfants adultes préfèrent savoir. Voici comment aborder la chose avec simplicité.

Pourquoi est-ce si difficile d’en parler ?

Il y a d’abord la pudeur. Notre génération a appris à se débrouiller, à ne pas déranger. Il y a ensuite la peur de peser : vos enfants ont leur métier, leurs propres enfants, leurs soucis, et vous ne voulez pas ajouter un poids.

Enfin, il y a la crainte de faire peur. Dire sa solitude peut ressembler à un aveu de faiblesse, et l’on redoute qu’ils s’imaginent le pire. C’est pourquoi le choix des mots compte : on peut être honnête sans être alarmiste.

Comment choisir le bon moment ?

Évitez l’instant où ils sont pressés, au téléphone entre deux réunions, ou entourés des petits. Préférez un moment tranquille : une promenade, un café en tête-à-tête, un appel du dimanche sans horloge.

Vous pouvez commencer par une phrase d’introduction qui prépare le terrain :

  • « Il y a quelque chose dont j’aimerais te parler, ce n’est pas grave, mais ça me tient à cœur. »
  • « Tu as cinq minutes ? Je voudrais te dire comment je vis ces temps-ci. »

Ces phrases signalent que vous avez besoin d’une vraie écoute, sans créer d’affolement.

Quels mots utiliser ?

Restez factuel et personnel. Parlez de vous, de ce que vous ressentez, plutôt que de leurs absences. Par exemple : « Depuis que je suis à la retraite, certains jours sont longs. Je me sens un peu seul le soir et le dimanche. » C’est vrai, c’est précis, et cela n’accuse personne.

Évitez les phrases du type « Vous ne venez jamais me voir », qui mettent vos enfants sur la défensive. Ils risqueraient d’entendre un reproche, alors que vous cherchez un rapprochement.

À retenir : dire sa solitude, ce n’est pas se plaindre. C’est donner à ses enfants l’occasion de vous aider, ce que beaucoup attendent depuis longtemps.

Que peut-on leur demander, concrètement ?

Pas de grandes choses. Ce qui aide le plus, ce sont souvent de petits rendez-vous réguliers :

  1. un coup de téléphone à jour fixe, même court ;
  2. un repas ensemble par mois, ou une visite à chaque vacances ;
  3. un coup de main pour utiliser un appareil et faire des appels vidéo avec les petits-enfants ;
  4. de la compagnie pour une première sortie, si vous voulez essayer une activité.

Précisez aussi que vous ne comptez pas sur eux pour tout. Vous allez vous-même chercher des activités et des amis. Cela les rassure et les soulage d’un possible sentiment de culpabilité. Vous pouvez même leur proposer de vous accompagner, la première fois, à une association du coin.

Et si l’on veut aussi parler d’une éventuelle rencontre ?

C’est un autre sujet, plus délicat, et vous n’êtes pas obligé de l’aborder le même jour. Parler de solitude ne signifie pas annoncer que vous cherchez quelqu’un. Gardez l’annonce pour plus tard, quand vous saurez ce que vous voulez dire.

Le moment venu, lisez notre article sur la présentation d’une compagne et, si les réactions sont difficiles, celui sur les enfants opposés à la relation. Pour y voir clair avant d’en parler, faites le point sur ce que vous cherchez.

Et les petits-enfants, peuvent-ils aider ?

Souvent, oui, sans même le savoir. Un petit-enfant qui téléphone, qui envoie un dessin, qui vient passer une journée pendant les vacances apporte beaucoup. Vous pouvez leur proposer des activités simples : cuisiner ensemble, jardiner, jouer aux cartes, leur raconter votre jeunesse.

Gardez toutefois en tête qu’il ne s’agit pas de leur confier votre solitude : ce n’est pas leur rôle. Ce sont vos enfants qui peuvent en discuter avec vous. Les petits-enfants, eux, vous offrent de la joie, ce qui est déjà précieux, et vous leur donnez en retour une présence tranquille et des souvenirs.

Si les distances sont grandes, un appel vidéo hebdomadaire change beaucoup de choses. Demandez à vos enfants de vous aider à l’installer, une fois pour toutes.

Que faire s’ils réagissent mal ou minimisent ?

Il arrive qu’un enfant réponde par un « mais enfin, tu as plein de choses à faire ! ». Ce n’est généralement pas de l’indifférence, mais de la maladresse. Reprenez doucement : « Je sais, et je les fais. Mais j’avais besoin que tu saches. »

Laissez-leur du temps. Une discussion peut porter ses fruits quelques jours plus tard. Et si la communication reste difficile, un autre proche (frère, sœur, ami) peut aussi être une oreille attentive. Pour la santé morale, votre médecin traitant reste une personne ressource.

Pour sortir du tête-à-tête avec votre solitude, voyez aussi notre article la solitude à la retraite : pourquoi elle arrive et comment en sortir.

Comment rendre la discussion utile sur la durée ?

Une seule conversation ne suffit pas toujours. Convenez avec vos enfants d’un point d’étape dans un mois ou deux : « On en reparle quand je serai allé à ce club, pour voir si ça m’aide. » Vous gardez la main sur votre projet, et ils voient que vous avancez.

Pensez aussi à les remercier, simplement, pour ce qu’ils font déjà. Un mot de gratitude encourage plus qu’un long discours, et il détend la relation.

Le premier pas

Choisissez l’enfant avec lequel vous êtes le plus à l’aise, et proposez-lui un café ce week-end. Dites-lui la phrase que vous avez préparée. Vous constaterez sans doute qu’il ou elle en est ému, et que la conversation se poursuit mieux que prévu.

Quand vous vous sentirez prêt à élargir votre cercle, un site de rencontre senior pourra être une piste, à votre rythme.

Se confier demande du courage, et vos enfants y verront surtout de la confiance.

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