Le dernier jour de travail, il y avait des gâteaux, des discours, une poignée de main. Puis le lendemain, le téléphone n’a presque pas sonné. Beaucoup de retraités reconnaissent ce silence-là, et il n’a rien de honteux.
Cet article n’a pas pour but de vous convaincre que vous allez mal. Il propose seulement de comprendre ce qui se passe, et de voir ce qui peut aider.
Pourquoi la solitude arrive-t-elle justement à la retraite ?
Pendant des années, le travail a fourni sans que l’on y pense un cercle de gens : les collègues, les clients, les trajets, la machine à café. Tout cela disparaît d’un seul coup, alors que rien ne l’a remplacé. On ne s’en aperçoit pas tout de suite, car les premières semaines sont occupées par le repos, le jardin, les travaux remis à plus tard.
D’autres changements s’ajoutent souvent. Les enfants vivent loin, parfois dans une autre région. Un conjoint est parti, après une séparation ou un décès. Des amis déménagent, tombent malades, ou se consacrent à leurs petits-enfants. Chacun de ces changements est petit, mais ensemble ils vident peu à peu l’agenda.
Être seul ou se sentir seul : est-ce la même chose ?
Non, et la différence compte. Certains vivent seuls, lisent, bricolent, voient deux amis par semaine et s’en trouvent très bien. D’autres sont entourés de leur famille et pourtant se sentent à l’écart. La solitude dont nous parlons ici, c’est celle que l’on ressent comme un manque.
Quelques questions peuvent vous aider à faire le point :
- Combien de personnes avez-vous vues, ou entendues au téléphone, cette semaine ?
- Y a-t-il quelqu’un à qui vous pourriez raconter une petite contrariété sans vous sentir gêné ?
- Le moment de la journée qui vous pèse le plus revient-il à la même heure (le soir, le dimanche, le repas) ?
Si vos réponses vous donnent un petit serrement, c’est une information utile, pas une faiblesse.
À retenir : se sentir seul à la retraite est très répandu. Cela ne dit rien de votre valeur, cela dit seulement que votre vie sociale a changé de forme.
Que peut-on faire dès cette semaine ?
Inutile de bouleverser votre existence. Mieux vaut des gestes modestes, répétés. Voici des pistes qui ont du sens à la retraite :
- Donner un rythme à la semaine. Un marché le mercredi, un café à heure fixe, une partie de cartes le vendredi. Ce qui revient attire les rencontres sans effort.
- Reprendre contact avec un ancien voisin ou un ancien collègue. Un coup de téléphone suffit, et la plupart des gens sont touchés d’être appelés.
- Pousser la porte de la mairie ou de la maison des associations. Vous y trouverez la liste de ce qui existe dans votre commune.
- Se rendre utile. Soutien scolaire, bibliothèque, banque alimentaire : nous en parlons dans notre article sur le bénévolat à la retraite.
Choisissez une seule chose et tenez-la un mois. Une activité qui vous ennuie, on a le droit de l’abandonner et d’en essayer une autre.
Et si l’on parle de ce qui pèse le plus, les soirées ?
C’est souvent là que le silence se fait le plus sentir. La journée passe avec ses courses et ses rendez-vous, puis la nuit tombe tôt, surtout l’hiver. Une radio ou une télévision allumée aide un peu, sans remplacer une voix qui répond.
Nous avons consacré un article entier aux soirées et dimanches quand on vit seul, avec des idées concrètes pour ces heures-là. Si l’hiver approche, celui sur le premier hiver seul pourra aussi vous servir.
Et les amis qui ne donnent plus de nouvelles ?
Il arrive que l’on se dise : « Personne ne m’appelle. » Pourtant, de l’autre côté, l’ami en question pense souvent la même chose. Chacun attend que l’autre fasse le premier pas, par discrétion ou par peur de déranger. Prendre l’initiative n’a rien d’humiliant, c’est même un cadeau.
Une carte postale, un message pour un anniversaire, une invitation à venir voir le jardin : tout cela rouvre une porte. Si vous avez perdu l’habitude, commencez par la personne avec laquelle vous étiez le plus à l’aise. Quand un lien ne reprend pas, ne vous en voulez pas : les vies ont pris des chemins différents, voilà tout. Un autre lien se nouera ailleurs.
Parler de ce que l’on ressent, à qui ?
Dire à quelqu’un « je me sens un peu seul » n’est pas facile quand on a passé sa vie à se débrouiller. Pourtant, la plupart du temps, la personne en face se sent soulagée d’entendre cette confidence. Elle comprend enfin ce qui explique votre silence.
Vous pouvez commencer par un ami de longue date, un frère ou une sœur, un voisin que vous aimez bien. Si votre médecin traitant vous voit régulièrement, vous pouvez aussi lui en dire un mot : il saura vous orienter. Quand la tristesse dure, s’alourdit ou vous empêche de dormir, c’est vers lui qu’il faut se tourner en premier.
Quand l’envie de rencontrer quelqu’un apparaît
Parfois, ce que l’on appelle solitude contient autre chose : l’envie de partager un repas, une promenade, des projets avec une personne précise. Cette envie est légitime à 60, 65 ou 70 ans. Elle ne trahit personne et ne demande aucune excuse.
Il n’est pas indispensable de la suivre tout de suite. Vous pouvez d’abord vous demander si vous cherchez avant tout de la compagnie ou un sentiment plus fort : notre article sur ce sujet propose de faire le point calmement. Et si vous vous demandez où croiser du monde sans pression, le tour des possibilités après 60 ans vous donnera des idées, des clubs de marche aux associations, en passant par les sites de rencontre.
Pourquoi ne pas attendre que cela passe ?
On se dit parfois que cela s’arrangera tout seul, avec le printemps ou après les fêtes. Il arrive que cela s’arrange, mais l’habitude de rester chez soi s’installe vite : plus on sort peu, moins on en a envie. Agir tôt, même modestement, évite de s’enfermer dans un rythme qui pèse.
Il ne s’agit pas de se forcer à la sociabilité. Il s’agit de rendre possible ce que vous auriez envie de faire si l’occasion se présentait. Une invitation acceptée, un bénévolat essayé, un club visité une fois : chaque tentative vous apprend ce qui vous convient. Vous gardez le droit de dire non, ou de revenir quand vous voulez.
Que retenir pour la suite ?
La solitude à la retraite n’est pas un verdict. C’est une période de transition, qui se desserre quand on remet un peu de régularité et de visages dans sa semaine. Le plus dur est de faire le premier pas, et il peut être minuscule.
Cette semaine, notez sur un papier le nom d’une personne que vous aimeriez revoir, et appelez-la. Si, après réflexion, vous souhaitez aussi envisager une rencontre plus personnelle, un site de rencontre senior est une voie parmi d’autres, que vous pouvez découvrir à votre rythme.
Si vous venez tout juste de quitter votre travail, notre article jeune retraité et célibataire vous aidera à organiser ces premiers mois.
Prenez votre temps : rien ne presse, et chaque petit pas compte.



